Par Philippe Dagorne

Mer et ciel s’acoquinent,
Haleine de poiscaille
Rotée par une bruine
Aux effets de boucaille.

Les côtiers sont en larmes,
Du moins ceux qui survivent,
Dans ce port sans vacarme
Que leurs couleurs ravivent.

Loin, le temps des dundees,
Les môles sont déserts,
Raides presque guindés,
Et surtout peu diserts.

Sur les fenêtres myopes
Que des rideaux pavoisent,
Les maisons s’enveloppent
De parapluies d’ardoise.

Le trait noir des falaises,
Tous ces gris confondus,
Les bistrots qui se taisent,
L’île est comme perdue.

Elle vogue au hasard
Peut-être à la dérive
Dans ce troublant brouillard
Qui, d’horizon, la prive.

Clair obscur cafardeux
Ce n’est ni jour, ni nuit,
Dérangeant entre-deux,
J’y traîne mon ennui...